Mardi 6 Aout
Mercredi 7 Aout
Jeudi 8 Aout
Vendredi 9 Aout
Samedi 10 Aout
Dimanche 11 Aout
Lundi 12 Aout
Mardi 13 Aout
Mercredi 14 Aout
Jeudi 15 Aout
Vendredi 16 Aout
Samedi 17 Aout
Dimanche 18 Aout
Lundi 19 Aout
Mardi 20 Aout
Mercredi 21 Aout
Jeudi 22 Aout
Vendredi 23 Aout
Samedi 24 Aout
Dimanche 25 Aout
Lundi 26 Aout
Mardi 27 Aout

Mardi 27 Août

3h21 : Je me promène dans les couloirs du ferry, et finalement, aux vues de tout ce que j'ai pu voir, je m'installe dans ces transats jaunes et bleu, prés de la salle de jeux. Tornades de mitraillettes, coups de flingues, musique assourdissante et désagréable… l'impression que j'ai me donne mal au ventre, j'en ai le goût de la bile au fond de la gorge.

Je n'ai jamais vu cela…le ferry semble avoir été attaqué par des terroristes peu scrupuleux de s'être vengé sur des centaines de passagers, hommes, femmes, adultes, enfants, gros, maigres, grands et petits…. Des corps dont on aperçoit à grand peine le torse se bercer doucement par l'air gonflant les paires de poumons. Des corps éparpillés ça et là, par terre, sur les canapés, sur les fauteuils…des corps sans vie qui frémissent à peine… et cette musique là, ces coups de feu qui envahissent l'espace… quelle impression…. Cette enfant, là, pieds et bras écartés, étendue aux pieds de sa mère, elle aussi endormie. Cette tête blonde qui ressemble aux autres…le bateau semble silencieux, perdu au milieu de la mer comme vaincu par des ennemis invisibles… que s'est il donc passé ? Il n'est que 3h40 et ce silence qui règne à bord en devient pesant…ces rires venus du fond des combles, métalliques, qui résonnent inlassablement en fond…. La maladie du sommeil a frappé tous les passagers. A se demander si le commandant de bord dort lui aussi….

Tout à l'heure, un des serveurs du bateau est venu me payer un café, que j'ai accepté. Un peu de chaleur qui coule au fin fond de l'œsophage ne me fera pas de mal après tout… ce même serveur est venu tout au début de l'embarcation me demander, alors que j'étais toute seule dans mon transat (Ch'tite Look partie aux toilettes) si je n'allais pas avoir froid dehors, en plein vent… il n'avait sans doute pas vu les duvets… bref, j'ai passé avec lui une grande partie de la nuit, devant deux bons cafés (doubles, je vous prie, et en plus aux frais de la princesse Corsica Ferries). Ne vous alarmez pas, on a fait que discuter… certes, de tout et de rien, mais on ne refait pas le monde…
Et je suis là, maintenant, seule dans mon transat, encore une fois, coups de feu et ambiance mortuaire en fond d'écran. Esteban parti pour faute professionnelle (mais qui va revenir d'ici peu, m'a t il dit)… je me remémore les 3 semaines passées sur l'Ile de Beauté… Ch'tite Look, moi, nous deux, les bêtises et incidents que l'on a eu, nos histoires, notre périple. Je reconnais et l'écris sur papier, que je n'ai pas toujours été juste vis à vis d'elle. Sans nul doute trop exigeante. J'attendais peut être trop de ce voyage en Corse et n'évaluais pas les différences de rêves que nous avions toutes les deux. Je voulais découvrir et rêver. Elle voulait flâner et rêver. Je voulais rencontrer de nouveaux gens et paysages. Elle voulait passer quelques moments avec sa famille. Je rêvais de 1000 bêtises à faire. Elle pensait être encore sérieuse. Enfin, je pensais à m'enivrer de l'odeur, des cultures et des habitudes corses. Elle voulait rester sage mais curieuse. Un peu. Mais malgré ça, j'ai passé de bonnes vacances, même si mon (sale et pieux) caractère lui a fait peut être croire le contraire… même si je râlais, même si je pestais, même si je lui en fait voir de toutes les couleurs, elle a été là, calme et patiente, que je me calme. Elle est chouette Ch'tite Look, même malgré ces défauts (!) ; oh ! Hé ! Tout le monde en a ! Elle était là quand je tombais, à me dire et donner des conseils, à me faire croire en moi. Et surtout à dire les mots justes pour que je me remette sur le droit chemin. Merci Ch'tite Look, j'ai de la chance de t'avoir tu sais… la seule chose dont j'aurais peut être la trouille, c'est que tu te lasses de mon sale caractère, de mon sale comportement…
3h56 : Tiens, Esteban arrive… à plus tard !

4h12 : J'écoute à leur insu deux voix. Jeunes, très jeunes, d'adolescentes. J'ignore leur âge, l'aspect et la couleur de leur visage, mais je me régale à les écouter, à leur insu. Cela fait maintenant ½ heure que je suis là, assise, à me marrer doucement. Je retiens tous mes gestes et évite à tout prix de faire le moindre bruit. Je me fais silencieuse pour mieux m'imprégner de leur discussion, sans qu'elles ne se sentent écoutées, voire épiées. Elles discutent coiffure, maquillage et bronzage. Ça sent à tour de rôle la vanille, la fraise et le déo… qui, d'ailleurs, doit se vider… elles parlent beauté comme des professionnelles. Marques, prix, effets sur leur visage sans doute juvénile…. Je me plais à les entendre et ne souhaite pas apercevoir leur visage, de peur d'être déçue… mais maintenant, je les entends rire devant le miroir, à comparer la longueur de leurs cils… le robinet coule, puis enfin le séchoir… vont elles quitter les lieux ? vais je pouvoir enfin sortir de ce 2m² ? Incognito, ni vue ni connue… mais non, elles se plaisent et se complimentent : " j'suis trop belle avec ce mascara Chanel bleu n°42 ! " " Ah ouais ! C'est clair. Si, moi j'aime bien la couleur, vas-y, prête le moi… ". Discussion d'adultes trop professionnelles… Mais où est donc passée l'enfance et ses ignorances ? Son ignorance ?…. Voilà, elles sont enfin sorties… non, fausse alerte. " ohlala ! Je fais clocharde avec ce pantalon ! " " Ouais, mais de toute façon, on a plus rien de propre ".


5h54 : Ben dis donc, j'ai l'impression que ce voyage-ci est plus court, mais c'est vrai que j'ai dormi la plupart du temps, bercée par le mouvement du bateau. Quant à Julie, elle a grappillé une heure, peut être deux, et c'est maintenant qu'il ne reste pas plus de ¾ d'heure qu'elle se replonge dans le sommeil. Ha lala… c'est pas très raisonnable tout ça, quand on a 8 heures de conduite qui attendent derrière…
le pont est pratiquement vide, et un peu plus loin, il l'est. Ce sont des instants magiques ceux où, seule sur un pont, on contemple la mer d'encre, frangée d'écume, avec, suspendue dans le ciel immense, une lune encore ronde il y a quelques jours. C'est l'infini qui s'ouvre devant nous, instants où la pensée s'envole et erre sur les chemins de l'imagination. Je me demande si les dauphins dorment… la monotonie du voyage n'est rompue que par une toute petite lumière, à peine discernable, au loin - très loin -. " Est ce un bateau ? " Je crois que je ne le saurais jamais… et maintenant, engoncée dans mon duvet, étalée sur deux transats, je regarde autours de moi : tous ces fauteuils vides, alors qu'à l'aller on se les arrachait… c'est quand même une ambiance spéciale, un peu oppressante je dois dire.
Je vois la fin du cahier arriver, et je me demande si on aura assez de place…
On verra bien….
7h10 : Hé voilà ! C'est fini ; on est arrivé à Toulon… en route pour Toulouse maintenant. Pour fêter ça, Julie cherche une cigarette, et on délire sur son portable à qui on enfonce une prise dans le cul… bah, faut bien décompresser un peu. Quand même, c'était joli de voir le jour se lever sur la ville, en observateur privilégié sur le bateau.
Oh ! Une chanson de Mécano à la radio qu'on peut enfin écouter ; c'est "une femme avec une femme " et c'est beau.
8h14 : on est paumées dans Marseille et on essaie de se repérer sur une carte qui est encore plus vieille que la voiture -plus de 30 ans- c'est dire ! mais apparemment un gentil monsieur vient de nous éclairer sur la voie à suivre…
8h18 : bon, ben, fausse alerte, on est toujours perdues.
9h : ouf ! on a enfin réussi à sortir de Marseille, mais ce fut laborieux…
9h53 : ça roule, ça roule… Julie se marre en m'écoutant lui lire un ouvrage sur les animaux sacrés des druides et leurs traditions. Bah, au moins on s'ennuie pas, même si ça donne sommeil…
14h14 : un camionneur nous fait des appels de phares pour nous saluer
13h01 : Paf ! On vient de passer le cap des 147000km ! juste pour l'info…
13h48 : Ahhhh…. Ça fait du bien de manger -tu vas vraiment me prendre pour un ogre ami lecteur, et tu n'as peut être pas tort- après 13h sans rien d'autre qu'un petit grignotage par-ci par-là… Et maintenant, en route pour la dernière partie du voyage !
Julie me parle informatique et je ne peux rien faire d'autre que de la regarder avec un air vide -pour ceux qui se rappellent, ce doit être avec les même yeux que Marlène quand Felicien lui faisait sa déclaration -.
14h15 : Bientôt…bientôt….

14h23 : Nous sommes arrivées Steph ! ! ! !

Haut de la page