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Mardi 27
Août
3h21 : Je me promène dans les couloirs du
ferry, et finalement, aux vues de tout ce que j'ai pu voir, je m'installe
dans ces transats jaunes et bleu, prés de la salle de jeux. Tornades
de mitraillettes, coups de flingues, musique assourdissante et désagréable
l'impression que j'ai me donne mal au ventre, j'en ai le goût de
la bile au fond de la gorge.
Je n'ai jamais vu cela
le ferry semble avoir été attaqué
par des terroristes peu scrupuleux de s'être vengé sur des
centaines de passagers, hommes, femmes, adultes, enfants, gros, maigres,
grands et petits
. Des corps dont on aperçoit à grand
peine le torse se bercer doucement par l'air gonflant les paires de poumons.
Des corps éparpillés ça et là, par terre,
sur les canapés, sur les fauteuils
des corps sans vie qui
frémissent à peine
et cette musique là, ces
coups de feu qui envahissent l'espace
quelle impression
. Cette
enfant, là, pieds et bras écartés, étendue
aux pieds de sa mère, elle aussi endormie. Cette tête blonde
qui ressemble aux autres
le bateau semble silencieux, perdu au milieu
de la mer comme vaincu par des ennemis invisibles
que s'est il donc
passé ? Il n'est que 3h40 et ce silence qui règne à
bord en devient pesant
ces rires venus du fond des combles, métalliques,
qui résonnent inlassablement en fond
. La maladie du sommeil
a frappé tous les passagers. A se demander si le commandant de
bord dort lui aussi
.
Tout à l'heure, un des serveurs du bateau est venu me payer un
café, que j'ai accepté. Un peu de chaleur qui coule au fin
fond de l'sophage ne me fera pas de mal après tout
ce même serveur est venu tout au début de l'embarcation me
demander, alors que j'étais toute seule dans mon transat (Ch'tite
Look partie aux toilettes) si je n'allais pas avoir froid dehors, en plein
vent
il n'avait sans doute pas vu les duvets
bref, j'ai passé
avec lui une grande partie de la nuit, devant deux bons cafés (doubles,
je vous prie, et en plus aux frais de la princesse Corsica Ferries). Ne
vous alarmez pas, on a fait que discuter
certes, de tout et de rien,
mais on ne refait pas le monde
Et je suis là, maintenant, seule dans mon transat, encore une fois,
coups de feu et ambiance mortuaire en fond d'écran. Esteban parti
pour faute professionnelle (mais qui va revenir d'ici peu, m'a t il dit)
je me remémore les 3 semaines passées sur l'Ile de Beauté
Ch'tite Look, moi, nous deux, les bêtises et incidents que l'on
a eu, nos histoires, notre périple. Je reconnais et l'écris
sur papier, que je n'ai pas toujours été juste vis à
vis d'elle. Sans nul doute trop exigeante. J'attendais peut être
trop de ce voyage en Corse et n'évaluais pas les différences
de rêves que nous avions toutes les deux. Je voulais découvrir
et rêver. Elle voulait flâner et rêver. Je voulais rencontrer
de nouveaux gens et paysages. Elle voulait passer quelques moments avec
sa famille. Je rêvais de 1000 bêtises à faire. Elle
pensait être encore sérieuse. Enfin, je pensais à
m'enivrer de l'odeur, des cultures et des habitudes corses. Elle voulait
rester sage mais curieuse. Un peu. Mais malgré ça, j'ai
passé de bonnes vacances, même si mon (sale et pieux) caractère
lui a fait peut être croire le contraire
même si je
râlais, même si je pestais, même si je lui en fait voir
de toutes les couleurs, elle a été là, calme et patiente,
que je me calme. Elle est chouette Ch'tite Look, même malgré
ces défauts (!) ; oh ! Hé ! Tout le monde en a ! Elle était
là quand je tombais, à me dire et donner des conseils, à
me faire croire en moi. Et surtout à dire les mots justes pour
que je me remette sur le droit chemin. Merci Ch'tite Look, j'ai de la
chance de t'avoir tu sais
la seule chose dont j'aurais peut être
la trouille, c'est que tu te lasses de mon sale caractère, de mon
sale comportement
3h56 : Tiens, Esteban arrive
à plus
tard !
4h12 : J'écoute à leur insu deux voix. Jeunes, très
jeunes, d'adolescentes. J'ignore leur âge, l'aspect et la couleur
de leur visage, mais je me régale à les écouter,
à leur insu. Cela fait maintenant ½ heure que je suis là,
assise, à me marrer doucement. Je retiens tous mes gestes et évite
à tout prix de faire le moindre bruit. Je me fais silencieuse pour
mieux m'imprégner de leur discussion, sans qu'elles ne se sentent
écoutées, voire épiées. Elles discutent coiffure,
maquillage et bronzage. Ça sent à tour de rôle la
vanille, la fraise et le déo
qui, d'ailleurs, doit se vider
elles parlent beauté comme des professionnelles. Marques, prix,
effets sur leur visage sans doute juvénile
. Je me plais à
les entendre et ne souhaite pas apercevoir leur visage, de peur d'être
déçue
mais maintenant, je les entends rire devant
le miroir, à comparer la longueur de leurs cils
le robinet
coule, puis enfin le séchoir
vont elles quitter les lieux
? vais je pouvoir enfin sortir de ce 2m² ? Incognito, ni vue ni connue
mais non, elles se plaisent et se complimentent : " j'suis trop belle
avec ce mascara Chanel bleu n°42 ! " " Ah ouais ! C'est
clair. Si, moi j'aime bien la couleur, vas-y, prête le moi
". Discussion d'adultes trop professionnelles
Mais où
est donc passée l'enfance et ses ignorances ? Son ignorance ?
.
Voilà, elles sont enfin sorties
non, fausse alerte. "
ohlala ! Je fais clocharde avec ce pantalon ! " " Ouais, mais
de toute façon, on a plus rien de propre ".
5h54 : Ben dis donc, j'ai l'impression que ce voyage-ci est plus court,
mais c'est vrai que j'ai dormi la plupart du temps, bercée par
le mouvement du bateau. Quant à Julie, elle a grappillé
une heure, peut être deux, et c'est maintenant qu'il ne reste pas
plus de ¾ d'heure qu'elle se replonge dans le sommeil. Ha lala
c'est pas très raisonnable tout ça, quand on a 8 heures
de conduite qui attendent derrière
le pont est pratiquement vide, et un peu plus loin, il l'est. Ce sont
des instants magiques ceux où, seule sur un pont, on contemple
la mer d'encre, frangée d'écume, avec, suspendue dans le
ciel immense, une lune encore ronde il y a quelques jours. C'est l'infini
qui s'ouvre devant nous, instants où la pensée s'envole
et erre sur les chemins de l'imagination. Je me demande si les dauphins
dorment
la monotonie du voyage n'est rompue que par une toute petite
lumière, à peine discernable, au loin - très loin
-. " Est ce un bateau ? " Je crois que je ne le saurais jamais
et maintenant, engoncée dans mon duvet, étalée sur
deux transats, je regarde autours de moi : tous ces fauteuils vides, alors
qu'à l'aller on se les arrachait
c'est quand même une
ambiance spéciale, un peu oppressante je dois dire.
Je vois la fin du cahier arriver, et je me demande si on aura assez de
place
On verra bien
.
7h10 : Hé voilà ! C'est fini ; on
est arrivé à Toulon
en route pour Toulouse maintenant.
Pour fêter ça, Julie cherche une cigarette, et on délire
sur son portable à qui on enfonce une prise dans le cul
bah,
faut bien décompresser un peu. Quand même, c'était
joli de voir le jour se lever sur la ville, en observateur privilégié
sur le bateau.
Oh ! Une chanson de Mécano à la radio qu'on peut enfin écouter
; c'est "une femme avec une femme " et c'est beau.
8h14 : on est paumées dans Marseille et
on essaie de se repérer sur une carte qui est encore plus vieille
que la voiture -plus de 30 ans- c'est dire ! mais apparemment un gentil
monsieur vient de nous éclairer sur la voie à suivre
8h18 : bon, ben, fausse alerte, on est toujours
perdues.
9h : ouf ! on a enfin réussi à sortir
de Marseille, mais ce fut laborieux
9h53 : ça roule, ça roule
Julie se marre en m'écoutant lui lire un ouvrage sur les animaux
sacrés des druides et leurs traditions. Bah, au moins on s'ennuie
pas, même si ça donne sommeil
14h14 : un camionneur nous fait des appels de
phares pour nous saluer
13h01 : Paf ! On vient de passer le cap des 147000km
! juste pour l'info
13h48 : Ahhhh
. Ça fait du bien de
manger -tu vas vraiment me prendre pour un ogre ami lecteur, et tu n'as
peut être pas tort- après 13h sans rien d'autre qu'un petit
grignotage par-ci par-là
Et maintenant, en route pour la
dernière partie du voyage !
Julie me parle informatique et je ne peux rien faire d'autre que de la
regarder avec un air vide -pour ceux qui se rappellent, ce doit être
avec les même yeux que Marlène quand Felicien lui faisait
sa déclaration -.
14h15 : Bientôt
bientôt
.
14h23 : Nous sommes arrivées Steph
! ! ! !
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